Mexique : des graffitis pour briser l’oubli, les disparus au cœur du Mondial

Des familles mexicaines cherchent à mettre en lumière la crise des disparitions dans le pays, en profitant de la visibilité offerte par la prochaine Coupe du monde.

« Le ballon rentre à la maison, alors quand nos enfants reviendront-ils ? » Cette question, scandée le 25 mai dernier par des militants et des familles dans les rues de Mexico entre autres, résume la détermination ambiante face à la crise des disparitions qui frappe le pays depuis des années.

Environ 130 000 personnes sont officiellement portées disparues au Mexique depuis 2006, année du lancement de la politique antidrogue par le gouvernement. Cette stratégie controversée a depuis fragmenté les organisations criminelles en une multitude de groupes rivaux, alimentant des cycles de violence d’une ampleur inédite.

Selon le Comité des disparitions forcées de l’ONU (CED), il existe des « situations graves de collusion entre fonctionnaires publics, forces de sécurité et groupes criminels », à l’origine de disparitions organisées et systématiques.

L’ampleur du phénomène est telle que le CED l’a qualifié de « crime contre l’humanité » en avril dernier. Au-delà des chiffres, les familles dénoncent surtout une indifférence institutionnelle qui aggrave la situation.

Le Mondial comme tribune contre l’inaction

À leurs yeux, les autorités négligent les disparus, tout comme les populations marginalisées et leurs conditions de vie, qu’il s’agisse d’accès au logement ou à l’emploi. La défiance est d’autant plus forte que le taux d’élucidation des affaires reste extrêmement faible.

La mobilisation de ces derniers jours vise ainsi à rendre visible cette crise en profitant de l’attention internationale suscitée par la Coupe du monde de football, coorganisée par le Mexique, les États-Unis et le Canada.

À Guadalajara, deuxième ville du pays, murs, poteaux et façades ont été recouverts de visages, de noms et de dates. Des actions menées jusqu’au plus près du stade prévu pour accueillir la compétition dans le pays.

Un combat contre l’effacement

Un tel mouvement traduit la volonté des manifestants de maintenir vivante la mémoire des disparus, notamment dans cette ville considérée comme un bastion du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), classé en début d’année comme organisation terroriste par les États-Unis.

« Nous voulons rendre cette réalité visible pour que les touristes constatent l’existence de cette crise », explique à l’AFP Vanesa Gomez, habitante de Mexico à la recherche de sa fille disparue l’an dernier, alors que le pays s’attend à accueillir près de cinq millions de visiteurs à l’occasion du Mondial prévu à partir du 11 juin.

« Tout comme la Coupe du monde compte pour Mexico, les personnes disparues devraient compter tout autant », souligne de son côté Gabriel Diaz, dont la sœur est portée disparue.

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