La crise l’eau enflamme le Colorado

Sept États se disputent âprement les parts d’une ressource qui fond à vue d’œil, alors que les négociations sur le partage post-2026 achoppent sur des divergences profondes.

Quelle issue pour la bataille de l’eau autour du fleuve Colorado ? Alors que cette principale artère hydraulique de l’Ouest américain traverse sa période de stress hydrique la plus sévère depuis plus d’un siècle — avec une baisse de 20% des débits depuis les années 2000 —, les désaccords se multiplient quant aux solutions à adopter pour faire face à cette crise.

Les règles actuelles encadrant la gestion du fleuve arrivent à échéance fin 2026, et les sept États concernés — Arizona, Californie, Colorado, Nevada, Nouveau-Mexique, Utah et Wyoming — doivent s’accorder sur un nouveau mécanisme de répartition.

Problème : les discussions sont dans l’impasse. Les quatre États du bassin supérieur — Colorado, Nouveau-Mexique, Utah et Wyoming — ont soumis au gouvernement fédéral une proposition imposant des réductions obligatoires aux trois États du bassin inférieur si le niveau du lac Mead, l’un des deux principaux réservoirs, passe sous un seuil critique. Ils évoquent des diminutions « volontaires », sans objectifs chiffrés précis.

Une proposition fédérale loin de faire consensus

De leur côté, les trois États du bassin inférieur — Arizona, Californie et Nevada — ont présenté un plan alternatif, qui répartit l’effort entre les sept États dès que le niveau des réserves descend en dessous d’un certain seuil.

Parallèlement, Tom Buschatzke, principal responsable de la gestion de l’eau en Arizona, a critiqué la proposition du bassin supérieur, estimant qu’elle « fait peser l’essentiel de la charge de protection du système fluvial » sur les autres. Face à ce blocage persistant, l’État fédéral est intervenu.

Le Bureau of Reclamation, l’agence américaine chargée de la gestion de l’eau et des barrages dans l’Ouest, a proposé le 1er mai un plan sur dix ans pouvant réduire l’approvisionnement en eau de l’Arizona, de la Californie et du Nevada jusqu’à 3 millions d’acres-pieds par an.

Cependant, selon Buschatzke, ces mesures pourraient affecter sévèrement le Central Arizona Project. « C’est nous, c’est l’Arizona, et potentiellement le CAP qui pourrait tomber à zéro », a-t-il averti.

Les populations en état d’alerte

Compte tenu de la faible probabilité qu’un consensus émerge autour d’un plan fédéral, le scénario le plus probable reste celui de longues batailles judiciaires, susceptibles d’être tranchées par la Cour suprême.

Cette perspective nourrit les inquiétudes d’une paralysie juridique prolongée, alors même que l’urgence s’accentue pour préserver une ressource essentielle menacée d’épuisement. Sur le terrain, les témoignages dressent un constat préoccupant.

« C’est une vision très triste », confient plusieurs habitants de Yuma, région agricole du sud-ouest de l’Arizona entièrement dépendante de cette ressource pour irriguer ses cultures, interrogés par la chaîne locale Arizona Family.

Les autorités assurent que les niveaux d’eau pourraient remonter à mesure que les barrages et réservoirs en amont ajustent leurs flux. Mais les habitants restent préoccupés quant à la pérennité de leur accès à l’eau.

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