En Afrique du Sud, Equinix dans le viseur pour ses data centers

Des organisations civiles et une ONG britannique ont déposé une objection formelle contre le projet du géant américain des centres de données, réclamant la transparence sur les impacts environnementaux en amont de son projet dans la ville de Cap.

À Cape Town, la contestation s’organise contre le projet du groupe américain Equinix de construire deux vastes centres de données dans la métropole sud-africaine.

La Housing Assembly (HA), un mouvement social représentant plus de vingt communautés du Cap-Occidental, ainsi que Foxglove, une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni, ont déposé une objection auprès des services d’urbanisme. Elles exigent que le projet ne soit pas validé sans une transparence complète sur ses impacts en matière d’eau, d’électricité et d’environnement.

Implanté dans une zone industrielle située à environ deux kilomètres de l’aéroport international du Cap, le projet prévoit, selon des documents consultés par Reuters, une consommation électrique combinée d’environ 160 mégawatts.

Un volume considérable pour une ville qui a traversé, il y a moins de dix ans, l’une des crises hydriques les plus graves de son histoire, au point que les autorités avaient dû restreindre drastiquement l’accès à l’eau en raison de réserves dangereusement faibles.

Des communautés vulnérables en première ligne

Au-delà de la pression sur les ressources hydriques, les critiques portent également sur l’usage de générateurs diesel de secours, la pollution de l’air et les nuisances sonores. « Il n’y a tout simplement pas suffisamment d’informations pour se prononcer sur un projet d’une telle ampleur », estime Rosa Curling, co-directrice exécutive de Foxglove, interrogée par Reuters.

À une vingtaine de kilomètres du centre-ville, dans un quartier informel dont les habitants figurent parmi les plus exposés aux conséquences potentielles du projet, les conditions de vie illustrent déjà une grande précarité, selon un reportage de la chaîne Wion.

Certains résidents vivent sous des toitures perméables à la pluie, protégeant leurs lits avec des bâches en plastique pour éviter de dormir dans l’humidité. « Nous avons besoin de logements et d’une vie digne. Nous ne vivons pas décemment », témoigne l’un d’eux.

Les autorités appelées à trancher

Pour la Housing Assembly, la question n’est pas seulement technique, elle est avant tout politique. « La participation publique est d’une importance capitale. On ne peut pas développer en dehors des populations pour lesquelles on développe », insiste l’organisation dans son objection.

« Il semble y avoir une volonté d’accélérer le déploiement de centres de données sans évaluer pleinement leurs conséquences », observe Saadiyah Kwada, avocate au Legal Resources Centre, basé au Cap, toujours dans les colonnes de Reuters.

La situation au Cap s’inscrit dans une tendance plus large. À mesure que les géants technologiques cherchent à accroître leurs capacités pour accompagner l’essor de l’intelligence artificielle, ils font face à des oppositions locales de plus en plus structurées à travers le monde.

En Afrique, ces enjeux prennent une dimension particulière, dans des contextes où les infrastructures restent fragiles et où une part importante de la population n’a pas encore un accès fiable à l’eau ou à l’électricité.

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