Des centaines de navires industriels sillonnent les océans les plus reculés sans aucun contrôle, tout en pillant les ressources marines et en réduisant leurs équipages en quasi-esclavage.
Dans une enquête publiée jeudi 11 juin, l’ONG Environmental Justice Foundation (EJF) lève le voile sur la pêche au calamar — l’un des fruits de mer les plus consommés au monde — en haute mer (Atlantique Sud-Ouest, Pacifique Sud-Est et océan Indien Nord-Ouest), une activité alimentée chaque année par des centaines de navires.
À la tête de cette ruée, la Chine déploie une flotte de pêche lointaine d’une ampleur inédite dans l’histoire maritime. Selon l’EJF, cette flotte opère dans une quasi-impunité.
Si certaines zones du Pacifique font l’objet d’une supervision partielle par des instances internationales, d’autres évoluent dans un véritable vide juridique. Aucun quota de capture, aucun dispositif de contrôle, aucune limitation des prises n’y sont effectivement imposés.
Il en résulte, d’après l’enquête — fondée sur cinq années de recherches et plus de 430 témoignages de pêcheurs indonésiens et philippins embarqués sur 249 navires hauturiers — un système de non-droit où les acteurs s’arrogent la possibilité d’épuiser les ressources marines tout en exploitant les équipages.
Un pillage écologique à grande échelle
Les navires capturent en masse des espèces pour lesquelles ils ne disposent pas d’autorisation, notamment le thon, le marlin ou l’espadon, pourtant encadrés par des quotas internationaux stricts.
Lorsque les capacités de stockage sont saturées, les excédents sont rejetés à la mer, morts. Des espèces protégées, telles que les pingouins ou les tortues, sont également remontées à bord. Les requins sont mutilés pour leurs ailerons avant d’être rejetés à l’eau.
Les lions de mer sont abattus pour leur peau et leurs dents. Des dauphins, pris vivants dans les filets, émettent des cris de détresse lorsqu’ils sont hissés à bord et manipulés par les équipages.
Sur le plan environnemental, les dommages pourraient être irréversibles. Les méthodes employées reposent notamment sur l’utilisation de lumières d’une intensité extrême — parfois au-delà des seuils autorisés — afin d’attirer les calamars vers les navires.
Des équipages réduits à l’état de main-d’œuvre jetable
Les conséquences humaines sont tout aussi alarmantes. Recrutés principalement en Indonésie et aux Philippines avec des promesses de rémunérations attractives, des milliers de marins se retrouvent embarqués pour de longues périodes dans des conditions assimilables à de l’esclavage moderne.
Privés de nourriture, de repos et de soins médicaux, soumis à des violences répétées, certains en viennent à souhaiter la mort. Des membres d’équipage succombent à des maladies non traitées, tandis que certains capitaines, selon les témoignages recueillis, attendraient leur décès sans intervenir.
À l’échelle mondiale, les zones étudiées dans ce rapport représentent environ 60% du marché du calamar. Face à l’ampleur de la situation, l’Environmental Justice Foundation plaide pour la création de zones de conservation en haute mer dédiées à cette espèce, sur le modèle des organisations régionales déjà établies pour la gestion du thon dans plusieurs océans.
