Moins de déforestation, mais pas assez

Les forêts tropicales primaires ont enregistré l’an dernier leur plus faible perte de surface depuis des années, mais les incendies demeurent une menace majeure.

En 2025, 4,3 millions d’hectares de forêts primaires tropicales ont été détruits, selon Global Forest Watch, outil en libre accès développé par le World Resources Institute (WRI) et l’Université du Maryland à partir d’observations satellites.

Ce total représente une baisse de 36% par rapport à 2024, année noire au cours de laquelle 6,7 millions d’hectares avaient disparu.

Parmi les pays qui ont tiré cette amélioration vers le haut figure le Brésil, dont les efforts de protection de l’Amazonie ont permis de réduire de 41% la perte de forêts primaires non liées aux incendies par rapport à 2024, un niveau historiquement bas pour le pays.

Viennent ensuite la Colombie (-17%), la Malaisie ou encore l’Indonésie. « Ces développements encourageants ont été associés à des changements de politique, à une meilleure application de la loi et à des actions volontaires des entreprises pour limiter le déboisement », souligne Global Forest Watch dans son rapport publié le 29 avril.

Des forêts qui se dégradent de l’intérieur

Mais les experts mettent en garde contre un excès d’optimisme. Les niveaux actuels de destruction restent environ 70% trop élevés par rapport à la trajectoire nécessaire pour atteindre l’objectif de zéro déforestation nette en 2030, fixé lors de la COP de Glasgow.

Au‑delà des coupes franches — abattage d’arbres pour l’exploitation du bois ou le défrichement agricole —, les forêts tropicales subissent une dégradation silencieuse, jugée encore plus préoccupante par les spécialistes.

Interrogé par France 24, Valéry Gond, chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et spécialiste des forêts tropicales, décrit une intensification de cette dégradation, que les images satellites permettent désormais de documenter avec précision.

Lorsque les grands arbres sont prélevés, le microclimat sous la canopée se transforme ; la forêt se dessèche, le vent s’y engouffre, le sous‑bois perd son humidité naturelle. La végétation atrophiée stocke alors beaucoup moins de carbone, la biodiversité s’effondre et la régénération devient difficile.

El Niño, l’accélérateur redouté

Dans cet état de fragilité, deux ou trois passages du feu suffisent à anéantir ce qu’il reste d’un écosystème millénaire. La déforestation directe ouvre ainsi la voie à une destruction en chaîne.

« Toute bonne année est bonne à prendre, mais il faut que les bonnes années durent éternellement si l’on veut préserver la forêt tropicale », rappelle Matthew Hansen, professeur à l’Université du Maryland, cité par Libération.

Ce plaidoyer est d’autant plus crucial que le retour du phénomène climatique El Niño — cycle naturel de réchauffement et d’assèchement des masses d’air — fait planer une menace sérieuse sur les forêts amazoniennes.

Ses effets combinés pourraient en effet provoquer une recrudescence des mégafeux dans des zones à la végétation fragilisée. El Niño accentue aussi le stress hydrique des plantes. Privées d’eau, celles-ci réduisent leur transpiration, ralentissent leur photosynthèse, voire cessent totalement d’absorber le carbone.

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