La dernière mine de charbon souterraine de République tchèque, le puits ČSM à Stonava, s’apprête à cesser toute activité. Une étape hautement symbolique dans la lutte contre le réchauffement climatique, au moment où l’Europe intensifie sa transition énergétique et mise sur un avenir sans carbone.
« C’est triste que le puits se termine, c’est un travail difficile mais bon ». Face à l’inéluctable fermeture du ČSM, prévue le 31 janvier prochain, Grzegorz Sobolewski ne peut que constater le fait accompli.
Pour ce mineur polonais cité par Reuters, comme pour des centaines d’autres employés de ce qui n’est rien de moins que la dernière mine de charbon profonde de République tchèque, c’est une étape charnière, le sentiment de voir une page se tourner.
La mise à l’arrêt de ce site situé à Stonava, dans le district de Karviná, en Moravie-Silésie — à l’est du pays, non loin de la frontière polonaise — devrait marquer la fin de 250 ans d’extraction de houille sur le territoire national.
Seule ressource fossile significative de la République tchèque, le charbon représentait encore, en 2022, 32% de l’approvisionnement énergétique total et 44% de la production d’électricité du pays, essentiellement grâce aux centrales thermiques.
Le symbole d’une ère révolue
Cette ressource a longtemps permis à la République tchèque d’être exportatrice nette d’électricité, malgré sa dépendance aux importations de pétrole et de gaz. Mais ce modèle énergétique s’est construit au prix d’un lourd tribut climatique : le charbon noir demeure l’un des combustibles les plus émetteurs de gaz à effet de serre.
Outre les quantités considérables de CO₂ dégagées lors de sa combustion, il libère également des particules fines, du dioxyde de soufre et d’autres polluants atmosphériques nocifs pour la santé et l’environnement.
Selon plusieurs estimations, la fermeture du site permettra d’éviter environ 4 millions de tonnes de CO₂ par an, auxquelles s’ajoutent les émissions de méthane non relâchées. Cela équivaut à près de 3 à 4% des émissions annuelles totales de la République tchèque, évaluées à 96 millions de tonnes de CO₂eq en 2022.
Un contexte de décarbonation
Cette décision s’inscrit par ailleurs dans une dynamique mondiale de transition énergétique. Les dirigeants d’OKD, l’entreprise publique propriétaire de la mine, reconnaissent auprès de Reuters que la « transition durable vers des sources d’énergie plus propres » a fortement réduit la demande pour le charbon local.
Il ne s’agit plus seulement d’un calcul économique, mais d’un choix stratégique guidé par l’impératif écologique. La République tchèque, membre de l’Union européenne depuis 2004, se conforme progressivement aux objectifs climatiques ambitieux fixés par Bruxelles, dans le cadre du Pacte vert européen (Green Deal) qui vise la neutralité carbone d’ici 2050.
Le maintien temporaire de l’exploitation après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, justifié par la crise énergétique, n’aura donc été qu’un sursis. Ce compromis s’efface à présent, emportant avec lui les moyens de subsistance de nombreux mineurs, mais laissant entrevoir l’espoir d’un air plus pur pour la Silésie.
