Aux États-Unis, le soleil se lève à droite

Longtemps rejeté comme une lubie de gauche, le solaire est en train de devenir un étendard conservateur, sous la pression combinée de l’intelligence artificielle, de la rivalité avec la Chine et des factures d’électricité en hausse.

« L’énergie solaire est l’énergie de l’avenir ». Ces mots seraient passés inaperçus s’ils n’avaient pas été publiés le 4 février dernier par Katie Miller, épouse de Stephen Miller, le stratège anti-immigration de Donald Trump. Elle réagissait ainsi au soutien massif exprimé par « une majorité d’électeurs trumpistes » en faveur du solaire, selon un sondage dévoilé par Axios.

Réalisée par le cabinet Fabrizio, Lee & Associates — dirigé par l’ancien sondeur en chef des campagnes Trump — et commanditée par le fabricant américain de films photovoltaïques First Solar, l’enquête révèle que 51 % des partisans de l’ex-président soutiennent le déploiement de grandes installations solaires.

Ce taux bondit à 70 % lorsque les panneaux sont produits aux États-Unis, avec des matériaux locaux et sans liens commerciaux avec la Chine. Par ailleurs, 68 % des électeurs républicains estiment que le pays a besoin de l’ensemble des sources d’énergie, y compris le solaire.

Pour le camp MAGA (Make America Great Again), incarné entre autres par Katie Miller, ce virage constitue un changement de ton significatif, comme le souligne un article récent du Washington Post.

L’IA, catalyseur d’un virage pragmatique

Il n’y a pas si longtemps, dénigrer le solaire relevait presque du réflexe identitaire dans cette mouvance. Donald Trump avait ouvert la voie dès son premier mandat, en menant une croisade contre les énergies renouvelables, multipliant les contraintes réglementaires pour freiner leur essor.

La logique était limpide : le solaire appartient au camp des écologistes, des progressistes, des adversaires du charbon et du pétrole, un luxe d’idéologues que « l’Amérique authentique » ne peut se permettre. Mais l’essor spectaculaire de l’intelligence artificielle a rebattu les cartes.

L’expansion rapide des data centers, véritables cathédrales du calcul numérique, exige en effet d’énormes quantités d’électricité que le réseau américain peine à fournir. Dans cette course mondiale à la puissance informatique, Washington constate un inquiétant « déficit d’électrons » face à Pékin.

Une realpolitik énergétique, plus qu’un réveil écologique

Cette réalité s’impose désormais jusque dans les cercles les plus réfractaires du conservatisme. Chris Wright, secrétaire à l’Énergie sous Trump, autrefois virulent détracteur du solaire, évoque ainsi aujourd’hui « un rôle économique certain » pour cette filière.

Le basculement ne relève pas d’une conversion idéologique, mais d’un calcul stratégique. Le solaire n’est plus vu comme une concession aux écologistes, mais comme une arme de compétitivité et un levier pour renforcer la fiabilité du réseau.

Les conservateurs y voient désormais un enjeu vital pour l’autonomie énergétique américaine et, à demi-mot, pour leur propre survie politique. D’autant plus que la flambée des factures d’électricité préoccupe désormais les électeurs républicains, y compris dans les bastions ruraux et périurbains pro-Trump.

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