L’initiative embarrassante de Nature concernant une étude sur le climat

La prestigieuse revue scientifique a été contrainte de retirer une étude récente sur les effets du réchauffement planétaire sur l’économie mondiale, après la mise au jour d’importantes irrégularités dans les données.

Le 3 décembre 2025 restera sans doute comme l’un des jours les plus pénibles pour Nature, revue emblématique à la fois vitrine et baromètre de la recherche mondiale, tant ses publications et la stature de ses contributeurs sont réputées.

Le magazine a en effet annoncé le retrait d’un article consacré à l’impact économique du réchauffement climatique. Publié en avril 2024 sous le titre The economic commitment of climate change (L’engagement économique du changement climatique), il avançait que la hausse des températures pourrait entraîner une chute de 62 % de la production mondiale d’ici 2100 si les émissions de CO₂ se poursuivaient au rythme actuel.

Ce chiffre, deux à trois fois supérieur aux estimations les plus répandues, avait rapidement fait le tour du globe, nourrissant les scénarios de risque élaborés par les banques centrales. L’étude avait également été mentionnée par l’Organisation de coopération et de développement économiques et figurait parmi les 5 % d’articles scientifiques les plus cités selon Altmetric, un outil mesurant l’influence de la recherche.

Une erreur en Ouzbékistan qui ébranle un récit

Carbon Brief, média spécialisé dans le climat, a relevé qu’il s’agissait du deuxième article climatique le plus cité en 2024. Mais cette notoriété a rapidement attiré un examen minutieux d’autres économistes du climat, intrigués par l’ampleur exceptionnelle des projections.

Depuis des années, la plupart des modèles peinent déjà à faire accepter qu’une perte de 20 % du PIB mondial d’ici la fin du siècle est considérable ; voir apparaître un scénario à moins 62 % a donc immédiatement suscité des doutes quant à la crédibilité statistique du travail.

Les sceptiques avaient raison. Une équipe d’économistes de l’Université de Stanford, dirigée par Solomon Hsiang, a ainsi découvert d’importantes anomalies dans les données relatives à l’Ouzbékistan, fragilisant la validité de l’ensemble de l’étude.

Un impact spectaculaire sur les projections à long terme

D’après ces chiffres défectueux, le PIB ouzbek aurait plongé de près de 90 % en l’an 2000 avant de bondir de plus de 90 % dans certaines régions à l’horizon 2010. Des résultats complètement incompatibles avec les séries de la Banque mondiale, qui font état d’une croissance réelle comprise entre 0,2 % et 7,7 % sur la période.

« Lorsque nous avons retiré l’Ouzbékistan, tout a soudainement changé », a confié Hsiang à l’AFP. En effet, l’exclusion de ce seul pays a ramené l’effet estimé du changement climatique sur le PIB mondial de 62 % à 23 % d’ici 2100 ; pour 2050, la projection est passée de 19 % à seulement 6 %.

« Les auteurs reconnaissent que ces écarts sont trop significatifs pour une simple correction, ce qui justifie la rétractation de l’article », précise la note officielle publiée par Nature. L’affaire relance désormais le débat sur la difficulté de formuler des prévisions économiques robustes à très long terme face aux incertitudes climatiques.

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