des vêtements dans un magasin

Textile : dans les Hauts-de-France l’industrie devient écoresponsable

 

Dans les Hauts-de-France, l’industrie du textile se convertit progressivement à l’écologie. A pas forcés, ou presque, elle s’est orientée vers une production « circulaire » et « écoresponsable ». Cette mutation portée par l’engouement pour le durable et le made in France a vocation à devenir un moteur du changement, dans le sillage de Paris, la capitale incontestée de la mode.

Le secteur de la mode s’investit de plus en plus dans la production écoresponsable à travers notamment des vêtements conçus avec des fibres biologiques ou recyclées. Deuxième industrie la plus polluante au monde, elle doit aujourd’hui se réinventer pour survivre ou alors se résoudre à mourir. Maud Herbert, docteur en comportement du consommateur à l’université de Lille, rappelle qu’« Il y a de toute façon une urgence pour le marché : selon une étude récente, 44 % des consommateurs ont récemment réduit leurs achats vestimentaires, 40 % d’entre eux avec une démarche volontaire. Les acheteurs sont de plus en plus sensibles aux questions écologiques, cela pousse les entreprises à réviser leur modèle. Ce sont encore des signaux faibles, mais on note un début de relocalisation de la production de certains produits, une restructuration de filières. Les enseignes testent plein de choses, sans savoir exactement quels modèles émergeront, mais ça bouge ! ».

Les initiatives fleurissent

En tête de cette révolution verte de la mode, il y a les Hauts-de-France où se trouvent « tous les ingrédients pour fabriquer la mode du futur, circulaire, écoresponsable », à en croire Annick Jehanne, cofondatrice de l’association Nordcréa. « Nous avons toute la filière : champs de lin, savoir-faire, tisseurs, couturiers, Le Relais qui collecte les déchets, la moitié des grandes enseignes françaises comme La Redoute, Kiabi… », explique-t-elle. C’est pourquoi, le bastion historique de l’industrie de la mode est une région favorable à l’implantation des grands groupes qui commencent à comprendre que la surproduction depuis l’Asie, le flux de collections et les soldes ne fonctionnent plus. Pour réussir désormais, il « faut produire moins, mais mieux, au juste prix, réemployer systématiquement », fait savoir Annick Jehanne.

A Roubaix, une usine a ouvert en 2018, permettant à 120 entrepreneurs et enseignes de l’habillement de réfléchir ensemble, de partager les outils et compétences, de fabriquer de petites séries de produits éco-conçus et recyclés. A Saint-André-lez-Lille, le fabricant de sous-vêtements Lemahieu fait « presque tout sur place », du stylisme au conditionnement, « visant à terme le zéro impact carbone ». Tandis qu’à Tourcoing, le filateur-teinturier UTT Yarns développe un fil constitué à 50 % de polyester issu de bouteilles en plastique et 25 % de coton recyclé. Derrière l’entrepôt, il y a également une « usine dans l’usine », où elle recycle les eaux usées, énumère la cofondatrice.

« Il y a une vraie volonté et une conjonction de phénomènes »

Si ces initiatives locales sont salutaires, elles ne suffiront peut-être pas sans l’engagement des grandes entreprises. « Il faut inclure les grands groupes », plaide Majdouline Sbaï, sociologue, entrepreneuse, auteure de « Une mode éthique est-elle possible ? ». Ces leaders de la mode, comme Idkids, Happychic, Auchan et Kiabi doivent par exemple s’engager à produire un coton 100 % bio ou recyclé dans ses collections 2025. Et heureusement qu’« Il y a une vraie volonté et une conjonction de phénomènes », relève Maud Herbert, chercheuse à l’institut du marketing et du management de la distribution, à l’université de Lille. « Depuis environ cinq ans, ajoute-t-elle, un certain nombre réfléchissent à cette problématique. C’était au départ un petit dossier, confié au responsable de la qualité, à la direction du développement durable… mais qui se rapproche de plus en plus des directions et s’accompagne parfois d’une volonté de changer de modèle économique. De gros acteurs institutionnels s’engagent : la Région, la Métropole européenne de Lille ou encore l’Agence de maîtrise de l’énergie (ADEME), qui subventionnent des projets, des recherches sur les filières de valorisation des déchets, les procédés de recyclage, des études prospectives… Le textile redevient un axe stratégique ».

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