Le mécanisme carbone de Paris obtient sa première certification officielle

Un projet de cuisinières propres au Myanmar vient d’obtenir la première certification de crédits carbone sous l’article 6.4 de l’Accord de Paris. Il reste à savoir si la rigueur retrouvée des marchés carbone sera-t-elle à la hauteur de l’urgence climatique.

L’Organisation des Nations Unies a officiellement validé, le 26 février dernier, les premiers crédits carbone délivrés au titre de l’article 6.4 de l’Accord de Paris, le nouveau dispositif international chargé d’encadrer les échanges de droits d’émission entre États et acteurs privés.

Ce mécanisme permet à un pays d’utiliser des crédits générés par des projets de réduction d’émissions menés ailleurs pour atteindre ses propres objectifs climatiques. Pour cette première historique, c’est une initiative de cuisinières propres au Myanmar qui a été retenue.

La Corée du Sud, huitième émetteur mondial de gaz à effet de serre, en assurera le financement pour compenser une partie de ses émissions. « Plus de deux milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à la cuisson propre, ce qui tue des millions de personnes chaque année », a rappelé Simon Stiell, secrétaire exécutif d’ONU Changement climatique, en évoquant ce projet issu de l’ancien Mécanisme de Développement Propre (MDP).

Une refonte pour regagner en crédibilité

Hérité du Protocole de Kyoto, le MDP avait fini par discréditer les marchés carbone à cause de ses failles méthodologiques. Sa transition vers le cadre rénové de l’article 6.4 marque une volonté de rupture nette avec les pratiques opaques et la surévaluation des crédits du passé.

La validation récente n’a toutefois pas été un long fleuve tranquille. Le comité onusien chargé de l’examen a revu drastiquement les estimations initiales, réduisant de 41 % les réductions d’émissions escomptées. Soit désormais près de 42 000 tonnes de CO₂ équivalent par an.

En cause : une révision à la baisse des hypothèses de départ, notamment du taux de biomasse non renouvelable, passé de 90 % à 36 %. Une correction technique qui aura des répercussions à la fois financières et politiques.

165 projets en attente et des milliards en jeu

Prévu sur 28 ans, le projet birman devrait, selon Stiell, générer des bénéfices sanitaires mesurables, préserver les forêts et produire des résultats climatiques tangibles. Ce sont autant d’atouts qui le distinguent des expériences passées du MDP.

Si la rigueur des nouvelles méthodes suscite un consensus favorable, certains spécialistes redoutent toutefois que des révisions aussi prudentes ne limitent la capacité du mécanisme à produire suffisamment de crédits pour soutenir la transition mondiale vers la neutralité carbone.

D’autant que les économistes estiment qu’il faudra mobiliser plusieurs milliers de milliards de dollars par an d’ici 2050 pour décarboner l’économie mondiale. Par ailleurs, le projet du Myanmar n’est donc qu’un premier test pour un système qui devra bientôt statuer sur 165 autres initiatives en attente d’approbation.

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