Réduction des émissions : Washington à contre-courant

Les États-Unis feraient office de mauvais élève dans la lutte contre le réchauffement, contribuant ainsi à réduire chaque jour davantage la marge de manœuvre nécessaire pour en limiter autant que possible l’ampleur.

C’est un constat qui a sans doute fait plaisir à Donald Trump, même si ce qu’il implique n’est pas très glorieux. Selon le rapport annuel de l’ONU sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions, publié le 21 octobre dernier, la trajectoire américaine en matière de rejets de dioxyde de carbone est particulièrement préoccupante.

Les États-Unis se révèlent en effet être la seule des plus grandes économies du G20 où ces émissions, incontestablement responsables du réchauffement de la planète, ont fortement augmenté l’an dernier. Cette évolution va à rebours de la tendance générale, marquée par un ralentissement relatif.

« Les États-Unis d’Amérique constituant la principale exception », indique le rapport présenté à Londres. En cause : l’augmentation de la demande d’électricité, alimentée par la frénésie autour de la construction de centres de données, ainsi que les politiques de l’administration Trump favorables au pétrole, au gaz et au charbon.

Un démantèlement en règle

Surtout, le chef de l’État américain a entrepris, depuis son retour au pouvoir en 2024, un démantèlement en règle des efforts de l’administration précédente en matière de protection du climat.

Cela va de la suppression des mesures d’incitation aux énergies renouvelables à l’annulation des limites d’émissions de CO₂ imposées aux centrales fonctionnant aux combustibles fossiles. Mais l’initiative la plus emblématique concerne la sortie — pour la deuxième fois — des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.

« L’administration Trump essaie d’inverser complètement l’orientation que suivaient auparavant les États-Unis, et cela se voit et se ressent à l’échelle mondiale », estime Finn Hossfeld, analyste des politiques au NewClimate Institute, cité par le New York Times (NYT).

« L’écart entre les réductions d’émissions nécessaires et les engagements se double désormais d’un manque de leadership. Et le monde manque de temps et d’excuses pour combler cet écart. Le principe des responsabilités communes mais différenciées doit s’appliquer. Mais tous les pays, en particulier les grands émetteurs, doivent en faire davantage », relève, pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Chaque jour un peu plus tard

Le rapport prévoit désormais un réchauffement de près de 5 °F, soit environ 2,8 °C, au cours de ce siècle si les pays maintiennent leurs politiques actuelles. Une telle évolution serait extrêmement problématique, soulignent ses auteurs.

Inverser la tendance impliquerait pour les États-Unis, selon l’ONU, de tripler les capacités de production d’électricité renouvelable, de réduire d’au moins 75% la production à partir du charbon et de diminuer d’un quart les émissions de méthane, le tout au cours de la prochaine décennie.

C’est d’autant plus urgent que chaque période de cinq ans d’inaction augmente d’un dixième de degré supplémentaire le pic de réchauffement attendu. Ces avertissements particulièrement graves sont lancés à quelques semaines des négociations internationales sur le climat prévues en Turquie, auxquelles l’administration Trump ne compte pas participer.

Tout cela relève, d’après Taylor Rogers, porte-parole de la Maison-Blanche, d’une stratégie des Nations unies pour « la promotion de l’arnaque woke des énergies vertes, pour atteindre des objectifs climatiques arbitraires ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *