Une coalition menée par la Colombie et les Pays-Bas tente de contourner les lenteurs du multilatéralisme onusien en réunissant une cinquantaine de nations autour d’un agenda commun de transition énergétique.
Pour la première fois, une conférence internationale s’ouvre exclusivement, et en dehors du cadre des COP, pour traiter de la question des énergies fossiles. Sous la houlette de la Colombie et des Pays‑Bas, les discussions, entamées le 24 avril dans la ville de Santa Marta, visent à formaliser une « coalition des volontaires ».
Il s’agit d’un cadre de coopération climatique inédit, pensé en marge du système onusien, dans un contexte où le multilatéralisme peine à produire des résultats à la hauteur des enjeux. L’initiative entend s’attaquer à l’organisation d’une sortie progressive et coordonnée des combustibles fossiles, l’un des nœuds gordiens de la diplomatie environnementale.
Les délégations présentes doivent y préciser les contours de leur engagement collectif, les mécanismes de coordination envisagés et les éventuels instruments financiers destinés à accompagner les pays en transition.
Un pari sur le « minilatéralisme »
La conférence fait écho aux propos du chancelier allemand Friedrich Merz, qui a plus tôt cette semaine, rappelé lors du 17ᵉ Dialogue de Petersberg sur le climat dans le Land de Hesse que, « lorsque les processus multilatéraux avancent lentement, des alliances concrètes de volontaires peuvent nous faire parcourir un long chemin ».
Elle traduit une impatience ancienne vis‑à‑vis du rythme des grandes négociations climatiques internationales. Dans le cadre onusien par exemple, chaque décision requiert l’accord de l’ensemble des parties, ce qui revient de facto à accorder un droit de veto à chaque État, quel que soit son poids ou son niveau d’émissions.
Cette logique du consensus universel est régulièrement dénoncée comme l’un des principaux freins à des engagements plus ambitieux, en particulier sur la question des énergies fossiles.
C’est ainsi que toute référence explicite au pétrole, au gaz et au charbon a été retirée du texte final de la dernière COP au Brésil, sous la pression combinée de plusieurs pays producteurs et des lobbys du secteur.
Les grands pollueurs absents, mais des objectifs concrets
Les discussions en cours portent notamment sur l’alignement des politiques nationales de transition énergétique, la mise en place de financements croisés pour les pays à faibles revenus et la définition de trajectoires de réduction communes. L’ambition est de créer un espace de coopération accélérée qui vienne compléter, et non de remplacer, les processus onusiens existants.
Si l’enthousiasme est tempéré par l’absence des trois plus grands émetteurs de gaz à effet de serre — États‑Unis, Chine et Russie —, les organisateurs se veulent confiants. La ministre colombienne de l’Environnement, Irene Vélez Torres, a ainsi estimé que « ce n’est pas leur espace », tout en se félicitant de l’absence de lobbys fossiles et de climatosceptiques décrits comme des « saboteurs ».
« Nous avons besoin d’un basculement rapide et mondial vers les énergies renouvelables, des réseaux plus intelligents et davantage d’efficacité, afin que les émissions baissent rapidement et durablement », insiste de son côté l’ancien ministre péruvien de l’Environnement Manuel Pulgar‑Vidal, aujourd’hui à la tête du programme climat du WWF, cité par Common Dreams.
