De récentes recherches mettent en lumière la fonte rapide de ce colosse de glace situé en Antarctique.
Le glacier Thwaites n’a sans doute jamais aussi bien mérité son surnom de « glacier de l’Apocalypse » qu’aujourd’hui.
Des travaux menés entre 2002 et 2022 dans le cadre de l’International Thwaites Glacier Collaboration (ITGC) – le plus vaste programme scientifique jamais consacré à un seul glacier – et fondés sur des observations satellitaires et des mesures GPS, révèlent que cette immense plateforme entre dans une phase de désintégration structurelle avancée.
En d’autres termes, les fractures qui la parcourent ont plus que doublé en longueur totale, passant d’environ 165 kilomètres à plus de 330 kilomètres sur la période étudiée.
Deux phénomènes se conjuguent : d’un côté, l’apparition de grandes fissures parallèles à l’écoulement du glacier, certaines dépassant 8 km et traversant presque toute la plateforme ; de l’autre, la formation de nombreuses fractures transversales plus courtes qui quadrillent sa surface.
La menace invisible venue des profondeurs
Mais ce qui se déroule en surface n’est qu’une partie du péril. Dans les profondeurs, des eaux océaniques réchauffées accélèrent la dégradation du glacier. Les scientifiques ont détecté des courants chauds et salés s’infiltrant sous la plateforme en créant de tourbillons massifs, capables de faire fondre la glace par en dessous en quelques heures ou jours seulement.
« Nous savons désormais beaucoup de choses, et nous constatons que l’Antarctique change, et que ce changement s’accélère. Nous observons des transformations dans l’océan, dans la calotte glaciaire et dans l’écosystème », explique Michael Meredith, océanographe interrogé par la chaîne Firstpost.
Cette fonte rapide entretient une boucle de rétroaction redoutable : plus la glace se dissout, plus l’eau douce et froide se mêle à l’eau océanique chaude, intensifiant la turbulence et amplifiant la fonte.
Un signal d’alarme pour les côtes du monde
Ce processus auto-entretenu, renforcé par le réchauffement climatique, est désormais bien documenté. La désintégration éventuelle de la plateforme du Thwaites ne signifierait pas seulement la perte d’un géant de glace, mais aussi celle d’un rempart essentiel freinant l’écoulement d’une grande partie de la calotte antarctique de l’Ouest.
Sans ce soutien, la glace en amont se déverserait beaucoup plus vite dans l’océan. De quoi aggraver la hausse du niveau des mers, bien au-delà des 65 centimètres attribués au seul Thwaites. Les chercheurs y voient également un signal d’alarme pour d’autres plateformes antarctiques, où des motifs similaires de fracturation et d’effondrement commencent à apparaître.
Rien qu’en 2023, les glaciers de la planète ont ainsi perdu plus de 600 milliards de tonnes de glace. Le constat scientifique est sans équivoque : la hausse persistante de la température des océans, alimentée par les émissions de gaz à effet de serre, ébranle les plus vastes systèmes glaciaires de la Terre.
