Une scientifique sri-lankaise a entrepris d’exploiter des archives botaniques du XIXe siècle pour préparer l’avenir des plantations de thé face aux dérèglements climatiques.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Bristol, au Royaume-Uni, a lancé un programme scientifique novateur susceptible de bouleverser la manière dont l’industrie mondiale du thé affronte le changement climatique.
Au centre de cette initiative se trouve Thamali Kariyawasam, scientifique sri-lankaise, qui compare des feuilles de thé récoltées au Sri Lanka au XIXᵉ siècle — précieusement conservées dans les prestigieux Jardins botaniques royaux de Kew — à des échantillons plus récents issus des plantations actuelles.
L’objectif : retracer, sur près de deux siècles, la capacité d’adaptation du théier face aux transformations progressives de son environnement. La méthode mise au point par Kariyawasam s’appuie sur trois approches complémentaires.
L’étude anatomique des feuilles révèle les changements morphologiques intervenus au fil du temps. L’analyse des isotopes du carbone éclaire les stratégies physiologiques développées par les théiers pour répondre au stress hydrique.
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Enfin, les examens génétiques permettent d’identifier les marqueurs biologiques liés à la résistance ou à la fragilité des plantes face aux conditions extrêmes. Ensemble, ces données dressent une chronologie inédite de l’évolution du Camellia sinensis — la plante à l’origine du thé — et offrent une perspective exceptionnelle sur son adaptation climatique à long terme.
« Les recherches de Thamali sont un excellent exemple de la façon dont nous utilisons la diversité végétale pour nous adapter au changement climatique », souligne le Dr Caspar Chater, des Jardins de Kew, cité par Stirling News.
Le choix de ce site, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, s’explique par la richesse de son herbier, l’un des plus vastes de la planète, qui renferme des millions de spécimens collectés à travers le monde depuis plusieurs siècles.
Parmi les premiers partenaires du projet figure l’Institut de recherche sur le thé du Sri Lanka. Ce pays, dont l’économie repose depuis longtemps sur cette culture, subit en effet de plein fouet les effets du dérèglement climatique.
Des plantations sous pression, des économies en danger
Mais les scientifiques de Bristol visent bien au-delà de cette île. Leur ambition est d’étendre les retombées de leurs recherches à d’autres grandes régions productrices comme l’Inde et l’Afrique de l’Est, où la question de la résilience agricole est devenue cruciale.
Ces bouleversements ont des effets tangibles : la baisse des rendements, la modification des profils aromatiques — un paramètre déterminant pour la valorisation sur les marchés internationaux — et une perte de qualité globale. Le danger est d’autant plus réel que le théier est une culture de longue haleine.
Les arbustes demandent plusieurs années avant d’atteindre leur plein potentiel et peuvent durer plusieurs décennies. Un épisode climatique extrême ne compromet donc pas uniquement une récolte, il ruine des investissements pensés sur le long terme et déstabilise des filières entières.
