L’aire occupée par cet insecte emblématique a enregistré une progression remarquable de 64% de la surface forestière en un an. Une évolution encourageante, que les chercheurs observent toutefois avec prudence, tant les dangers sur cette espèce symbolique restent nombreux.
Selon le recensement annuel publié le 17 mars par le Fonds mondial pour la nature (WWF-Mexique), en collaboration avec le ministère mexicain de l’Environnement (Semarnat), les papillons monarques ont occupé 2,93 hectares de forêt durant l’hiver 2025-2026, contre seulement 1,79 hectare à la même période l’année précédente.
Ce chiffre traduit une progression de 64% en un an, soit la plus vaste étendue forestière observée depuis 2018. Chaque année, cette estimation de la zone boisée investie par les colonies dans leur sanctuaire hivernal mexicain sert d’indicateur de référence pour mesurer l’état de santé de leur population.
Une population dont la spectaculaire migration annuelle continue de fasciner. Chaque automne, des millions de papillons parcourent en effet près de 4 800 kilomètres depuis le Canada et les États-Unis jusqu’aux forêts de la Réserve de biosphère des papillons monarques, au cœur des montagnes mexicaines, où ils se fixent aux sapins oyamel pour y passer l’hiver.
Symbole d’une relation trilatérale forte
Guidés par un sens de l’orientation encore mal compris, les monarques se regroupent par millions sur les mêmes arbres que leurs ancêtres. Ces forêts alimentent le système hydrologique de Cutzamala, qui fournit de l’eau potable à plus de cinq millions d’habitants de Mexico et de sa région métropolitaine.
Elles hébergent aussi une biodiversité remarquable, comprenant 132 espèces d’oiseaux, 56 de mammifères et plus de 430 plantes vasculaires.
« Le papillon monarque est le symbole de la relation trilatérale entre le Mexique, les États-Unis et le Canada. Sa conservation est un engagement collectif que nous devons maintenir pour l’avenir. Le papillon nous enseigne que chaque action compte et, aussi petite soit-elle, contribue à restaurer la paix avec la nature », a salué la ministre mexicaine de l’Environnement, Alicia Bárcena Ibarra, citée par le Guardian.
Derrière ces chiffres encourageants se trouvent des décennies d’efforts en matière de protection forestière. La déforestation illégale dans le cœur de la Réserve de biosphère a pratiquement disparu depuis 2008.
Une forêt préservée, des colonies qui renaissent
De fait, entre février 2024 et février 2025, seulement 2,55 hectares ont été touchés, contre un pic historique de près de 500 hectares recensé lors de la saison 2003-2004. Cependant, la communauté scientifique appelle à ne pas se laisser emporter par un optimisme prématuré.
La population orientale des monarques demeure en recul de 80 à 90% par rapport aux niveaux des années 1990. « Même si une hausse est une bonne nouvelle, les chiffres au Mexique demeurent bien en deçà des normes historiques », averti Scott Black, directeur de la Xerces Society for Invertebrate Conservation.
C’est d’autant plus vrai que la situation en Californie contraste radicalement avec les données mexicaines. Le comptage annuel mené par la Xerces Society – l’une des organisations les plus importantes au monde dédiée à la protection des invertébrés – n’a recensé que 12 260 individus en novembre dernier sur la côte californienne, soit le troisième total le plus faible jamais enregistré, bien loin des millions de papillons considérés comme signe de stabilité dans les années 1980.
« Avec des populations de monarques aussi faibles, le risque d’extinction est considérablement accru en cas d’événements météorologiques catastrophiques, comme une sécheresse extrême dans le Midwest ou des blizzards sur les sites d’hivernage mexicains », prévient le Dr Ray Moranz, spécialiste de la conservation des pollinisateurs au sein de l’organisation, alors que le projet d’inscription des monarques sur la liste des espèces menacées, amorcé par l’administration américaine précédente, reste en suspens.
