Des satellites pour verdir la riziculture

Mitti Labs s’appuie sur l’observation satellitaire et l’intelligence artificielle pour transformer la culture du riz, avec pour objectifs de réduire la consommation d’eau et les émissions de méthane dans la filière.

Rendre la riziculture plus accessible au plus grand nombre d’agriculteurs, tel est le pari de Mitti Labs, à la faveur de sa nouvelle levée de fonds de série A de 9,5 millions de dollars. Menée par Aramco Ventures, avec la participation notamment de Lightspeed India, Godrej Industries Group, Cisco Foundation, Francis Family Fund et Volta Circle, l’opération porte le montant total réuni par la start-up à 12,5 millions de dollars.

Il s’agit d’un important gage de confiance de la part des investisseurs envers la technologie développée par cette jeune pousse implantée à New York et à Bengaluru, en Inde. « Évidemment, Aramco est l’une des plus grandes entreprises au monde, et pouvoir l’avoir comme partenaire et client potentiel à terme est une position très intéressante pour nous », a d’ailleurs affirmé le cofondateur Xavier Laguarta dans un entretien accordé à TechCrunch.

Le principe repose sur la création de « jumeaux numériques » de parcelles rizicoles. Sur le terrain, des agents cartographient et délimitent les champs des agriculteurs partenaires.

Un pilotage de l’irrigation à distance

Chaque unité de surface devient ensuite l’objet d’un suivi par des modèles d’observation de la Terre, capables de déterminer, saison après saison, si elle a été semée en riz, à quel moment elle a été irriguée et quel rendement elle a produit.

Ces observations satellitaires sont ensuite recoupées avec des données de vérification recueillies sur le terrain. Celles-ci servent à entraîner les modèles, avant que l’intelligence artificielle ne permette d’étendre ces enseignements à de vastes territoires.

Le système est d’autant plus pertinent que la baisse du coût de lancement des satellites et la multiplication des constellations en orbite ont permis, ces dernières années, d’obtenir des données à la fois plus précises et plus fréquentes.

Selon Laguarta, l’entreprise dispose déjà de jeux de données susceptibles d’alimenter, à terme, des modèles de prévision des rendements ou de détection précoce des maladies et des ravageurs. Ces applications ne devraient toutefois pas être déployées avant plusieurs trimestres.

Un modèle financé par le marché carbone

Lancée en 2023 avec quelques exploitations pilotes, Mitti Labs est passée à environ 6 000 agriculteurs accompagnés dès 2024, avant d’atteindre aujourd’hui 70 000 producteurs. La start-up ambitionne désormais de franchir le cap des 100 000 bénéficiaires dans les prochains mois.

L’entreprise indique avoir déjà permis d’économiser 500 milliards de litres d’eau depuis son lancement et se présente comme l’opératrice du plus vaste programme mondial d’alternance entre assèchement et réhumidification des rizières. Elle vise à accompagner 500 000 exploitants au cours des prochaines années, sur un marché indien qui compte près de 40 millions de riziculteurs.

Son modèle économique repose principalement sur la vente de crédits carbone générés par la baisse des émissions de méthane. Il est complété par la commercialisation de sa plateforme GeoAI auprès d’entreprises agroalimentaires et de fournisseurs d’intrants agricoles.

Formation, outils et accompagnement sur le terrain sont fournis gratuitement aux producteurs, qui perçoivent en outre une rémunération issue des revenus générés par les crédits carbone.

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