L’appel d’EnBW pour sauver l’éolien européen

Le fournisseur allemand d’énergie plaide pour une mutualisation des expertises afin de préserver l’industrie éolienne sur le Vieux Continent face à la déferlante de la concurrence chinoise.

« S’unir ou disparaître » : c’est en substance le message d’alerte lancé par Energie Baden-Württemberg AG (encore appelé EnBW) au secteur éolien européen. L’entreprise allemande, connue comme l’un des plus grands fournisseurs d’énergie intégrés au sein de l’Union, appelle à une union des savoir-faire dans cette industrie si stratégique pour la décarbonation.

Cela suggère de mutualiser la production d’éoliennes à l’échelle européenne sur le modèle de l’avionneur Airbus, d’après la formule consacrée par le quotidien Les Échos. « Il serait préférable d’avoir une ou deux grandes usines à l’échelle européenne, spécialiste chacune d’un composant, comme les pales ou les nacelles », détaille le directeur général Georg Stamatelopoulos, dans les colonnes du journal français.

« Aujourd’hui il y a plusieurs fournisseurs européens, avec chacun une usine de pales de rotors en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, ou en Pologne », poursuit-il, déplorant une fragmentation préjudiciable au Vieux Continent, notamment face à l’expertise chinoise de plus en plus affinée dans ce secteur.

Une offensive chinoise tous azimuts

C’est d’autant plus vrai que l’industrie éolienne européenne, représentée par divers acteurs comme Vestas, Siemens Gamesa, Nordex ou encore GE Vernova, subit une pression grandissante des géants provenant de l’Empire du Milieu.

À preuve, le projet d’EnBW de construction du parc éolien offshore He Dreiht en mer du Nord (960 MW équipé de 64 turbines Vestas de dernière génération de 15 MW) pourrait bientôt voir ses turbines dépassées par des prototypes chinois plus puissants déjà en développement.

En effet, ces quatre dernières années ont vu le lancement de 426 nouveaux modèles de turbines chinoises, contre seulement 29 nouvelles turbines hors de Chine, selon le cabinet de conseil Wood Mackenzie cité par Reuters en 2024.

Fort du soutien constant de l’État – grâce à des subventions – depuis plus d’une décennie, le secteur éolien chinois arrive désormais à maturité. De fait, le pays a exporté environ 1,42 milliard de dollars d’éoliennes et de composants vers l’Union européenne en 2023.

« Les quotas seuls ne suffisent pas »

Un chiffre colossal, même si Stamatelopoulos estime que ces infrastructures « ne répondent pas pour le moment aux normes européennes ». Il existe donc d’après lui, une fenêtre d’opportunité à saisir par l’Europe pour protéger son industrie.

Contrairement au secteur photovoltaïque où dit-il, « les jeux sont faits ». Avec plus de 90% des panneaux solaires européens désormais importés de Chine, le dirigeant d’EnBW juge que « les nouveaux projets seront très difficiles, voire impossibles à réaliser de façon rentable, avec des modules européens ».

L’Union européenne tente de réagir avec le règlement pour une industrie « zéro net » (NZIA) qui impose aux acheteurs des obligations en matière de développement durable et de résilience. Mais pour l’Allemand, « les quotas seuls ne suffisent pas. Si nous n’avons pas les industries nécessaires pour fabriquer des éoliennes, nous ne pourrons pas y arriver ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *